Faust, homme Renaissance (éd. J. Le Rider et B. Pouderon).

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Notre collègue Bernard Pouderon (section d'études helléniques et néo-helléniques) nous annonce la parution du premier volume de la Collection Christophe Plantin, consacrée à la réception de l'Antiquité à la Renaissance et co-dirigée par Anne Rolet (U. de Nantes), Ph. Vendrix (CESR) et lui-même. Ce volume rassemble les Actes d'un colloque organisé à Tours par M. le Doyen Heinz Raschel, et lui est offert en hommage pour son activité au service de l'UFR de Lettres.

Dans De l'Allemagne, Heine interprétait Faust, le Faust historique et celui de la légende, comme un humaniste de « cette Renaissance qui put fleurir et régner en Italie bien plus facilement qu'en Allemagne ». Déjà, dès la première version imprimée de la légende, le Volksbuch (1587), le magicien était un exemplum imprégné de l'esprit de la Réforme luthérienne, destiné à montrer les limites de l'individualisme que tout bon chrétien ne doit pas transgresser : poussé par son orgueil de savant, sa soif de pouvoir, de richesse et de plaisir, il pactisait avec le diable et apparaissait comme un double de Simon dit le Mage, le premier des gnostiques. La matière faustienne se répandit dans toute l'Europe, tandis que le Volksbuch connaissait plusieurs traductions. Christopher Marlowe, pour composer sa Tragique histoire du docteur Faustus, se fondait à la fois sur une version française et sur une version anglaise du Volksbuch : son Faustus, personnage prométhéen, est un « homme de la Renaissance » génial, mais perverti. Lorsqu'il se saisit du mythe, Goethe en fait le héros d'une tragédie allemande, à première vue éloignée des idéaux de la Renaissance humaniste. Pourtant, on souligne le fond Renaissance du Faust de Goethe, dont le protagoniste semble avoir été modelé à l'image de Marsile Ficin. On reconnaît aussi la dimension rabelaisienne et carnavalesque de la tragédie goethéenne : très présentes dans le Urfaust, la verve populaire et la « culture du rire » de la Renaissance contrastent, dans Faust I et Faust II, avec le sublime et le terrifiant. Il n'empêche, Faust est un contemporain de Cagliostro, de Robespierre et des saint-simoniens ; c'est cet homme du XIXe siècle en costume Renaissance que Nietzsche a persiflé malgré sa profonde admiration pour Goethe : ne percevant que le personnage ballotté entre le Bien et le Mal, il a méconnu en Faust le « surhomme Renaissance ». Plus près de nous, André Neher a su tisser un subtil réseau de correspondances entre Faust et un autre homme de la Renaissance, Rabbi Löw, le Maharal de Prague, à qui la légende populaire attribue la fabrication du Golem, voyant en eux deux précurseurs des temps nouveaux en période de crise et de mutation.

http://www.fabula.org/actualites/article39073.php

  • Dates
    Créé le 31 août 2010