Eustache Du Caurroy

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Annibal Gantez (c. 1600-1668) n’est pas le seul à voir en Du Caurroy l’un des chefs de file des compositeurs académiques, apôtres (au moins en partie) d’un contrepoint savant. Dans son traité publié en 1639, Antoine Parran (1587-1650) ayant, d’après sa propre expérience, classé la musique en quatre catégories, ne décrit-il pas « la quatriesme sorte […] une Musique grandement observée, toute pleine d’industrie et de doctrine […] comme pourroit estre celle de Claudin, du Caurroy, et plusieurs autres Maistres de ce temps comme l’on peut voir au Puy de Saincte Cecile » ? Occupés à servir les chapelles privées ou les institutions ecclésiastiques, ces compositeurs récompensés à l’occasion, lors de concours de musique, ne pratiquent guère l’air de cour, genre en plein épanouissement qui ravit les salons de Louis XIII comme les demeures plus modestes, pour le plus grand bénéfice de l’imprimeur parisien Pierre Ballard – celui-là même qui imprime l’essentiel de la musique que nous connaissons de Du Caurroy. Ces musiciens – au nombre desquels figurent Nicolas Formé (1567-1638), qui succède à Du Caurroy comme responsable de la musique de la chapelle royale, Jean de Bournonville (c. 1585-1632), Artus Aux-Cousteaux (c. 1590-c. 1656) pratiquent une musique dont le style s’apparente à celui que Du Caurroy a indirectement hérité de Josquin des Prez (c. 1450-1521) et d’Adrian Willaert (c. 1490-1562) ; cette manière, apparue comme désuète dès le dernier quart du xvie siècle, s’accorde difficilement avec la simplicité de l’air de cour (simplicité exprimée tant dans le sujet et la forme littéraires, que dans le profil mélodique, les procédés de composition et la forme strophique). Ainsi, en marge de certains écrits de théoriciens contemporains – par Salomon de Caus (c. 1576-1626), Antoine Parran (1587-1650), Marin Mersenne (1588-1648), Antoine Du Cousu (c. 1600-1658) – qui célèbrent Du Caurroy comme l’héritier français de Gioseffo Zarlino (1517-1590), les adeptes du stile antico pratiqué en France durant la première moitié du xviie siècle rendent à leur manière hommage au compositeur .

Turnhout, Brepols Publishers, 2011
Collection « Épitome musical »
 
  • Dates
    Créé le 7 octobre 2011
  • Auteur(s)
    éd. Marie-Alexis Colin
  • Sources
    Édition critique : p. i-cxxiv – p. 1-420 ISBN 978-2-503-51592-2, format : 235 x 335