Actualité

Amitié & Compagnie (Rencontres La Boétie)

Date(s)

du 17 novembre 2010 au 19 novembre 2010

Lieu(x)

Sarlat

sous la direction de Laurent Gerbier et Stéphan Geonget

Amitié et compagnie : d'un côté, la singularité du lien qui attache deux individus uniques, selon un accord qui leur est propre (comme on le sait Montaigne lui-même ne peut mieux expliquer son amitié avec La Boétie que par cette formule, « parce que c'était lui, parce que c'était moi »). De l'autre, la fraternelle compagnie, le lien de la nature humaine non corrompue, tel qu'il n'aurait jamais dû cesser d'exister parmi les hommes, prudemment approché par les formules méticuleuses et mesurées du Discours de la Servitude volontaire. D'un côté, donc, l'apologie de la belle nature solitaire, rayonnant dans la rencontre où s'expérimente à petite échelle l'universelle fraternité ; de l'autre, la condition naturelle, commune, générique et généreuse, mais sans cesse dénaturée et défigurée dans les effets de la servitude.

Il y a, très évidemment, un lien entre ces deux liens, une communauté qui articule l'amitié singulière et la compagnie déjà civile. Mais il y a aussi un commun renvoi de ces deux liens à l'expérience de la singularité, au travail du moi engagé dans ces « bonnes rencontres » qui sont l'opposé du « malencontre » de la servitude. Un lien qui n'asservit pas : c'est là le point focal de l'amitié et de la compagnie. Il mérite d'être ressaisi dans ses figures variées (antiques, dans les philosophies de l'amitié et leurs échos sur la conception de la communauté civile et des vertus qui la soudent ; médiévales, dans les sagesses de l'amour comme dans les doctrines de la charité ; modernes enfin, puisqu'une pensée des affects commandera désormais aussi bien les anthropologies philosophiques de la cité que les figurations littéraires du sujet).

Mais il y a aussi, à l'horizon de cette enquête, une question implicite et excessivement contemporaine, que La Boétie nous pose comme il la posait à la France des guerres de religion : de quelle qualité d'affects l'époque nous laisse-t-elle capables ? Sommes-nous encore susceptibles d'amitiés pleinement humaines, d'amitiés qui soient accordables aux vertus civiles ? Sommes-nous capables de fonder sur nos amitiés des communautés qui soient des compagnies et pas des factions ou des cliques ? À quel danger de tyrannie (c'est-à-dire à quelle façon d'être asservis, mais aussi à quelle manière d'être des tyranneaux nous-mêmes), ces liens nous exposent-ils encore ?
Comme les Rencontres La Boétie en ont l'habitude, il s'agira donc de saisir le Discours de la Servitude Volontaire comme carrefour de ces questions essentielles pour la culture de la Renaissance, et de les interroger, dans leurs racines historiques et dans leur prolongements modernes, au croisement des disciplines et de leurs usages.

Mercredi 17 novembre

10h : interventions au lycée Cordy de Sarlat sur le thème du colloque

 

14h - Stéphan Geonget et Laurent Gerbier : introduction

14h30 - Valéry Laurand (Bordeaux-III) : « La parrhésia (le franc-parler) : la vertu risquée de l'amitié dans la communauté épicurienne »

15h30 - Laurent Gerbier (CESR) : « Amitié et tyrannie »

16h30 - pause

17h - André Charrak (Paris-I) : « Perdre ses amis : Rousseau »

18h - Stéphan Geonget (CESR) : « Mutuelle amitié et compagnable civilité dans l'œuvre de Louis Le Caron »

 

Jeudi 18 novembre

9h30 - Olivier Guerrier (Toulouse-II) : « Amitié et reconnaissance »

10h30 - pause

11h - Ullrich Langer (Madison, Wisc.) : « Egalité des compagnons, égalité des amis »

12h - Paul-Alexis Mellet (Cergy-Pontoise) et Anne Dalsuet (Stains) : « Les amitiés inattendues : les relations interconfessionnelles pendant les guerres de religion (1560-1600) »

 

13h-14h30 - déjeuner

 

14h30 - Valérie Hayaert (Neuchâtel) : « Alciat et l'amitié »

15h30 - pause

16h - Alain Legros (CESR) : « La Boétie pour Montaigne: du confrère bien-aimé à l'ami de papier »

17h - Tristan Dagron (IHPC) : « Amitié et avarice chez La Boétie et Bruno »

 

18h Maison La Boétie,

à l'occasion de la fin de l'exposition de « La Chambre d'Étienne »,

installation de l'artiste Arno Fabre, pot offert par L'agence culturelle départementale Dordogne-Périgord

Vendredi 19 novembre

9h30 - John O'Brien (Londres) : « L'oubli comme mémoire : à propos de l'amitié politique »

10h30 - pause

11h - Géraldine Lepan (Toulouse-II) : « Amitié, concorde, civilité chez Hobbes »

12h - Florent Lillo (Châteauroux) : « La compagnie au travail »