Actualité

« Les mathématiques et la guerre à la Renaissance »

Date(s)

le 21 novembre 2009

14h
Lieu(x)
Salle St Martin

soutenance de la thèse d’habilitation de Pascal Brioist

Au XVIe siècle, les mathématiques et la guerre commencent à avoir très sérieusement parties liées. Le phénomène se manifeste essentiellement dans quatre domaines qui sont : l'arithmétique militaire (l'art de disposer des troupes articulant le feu et le choc selon des combinaisons tactiques impliquant des calculs de proportionnalités), la géométrie de la fortification (les nouvelles forteresses devant résister à l'artillerie devenant de véritables machines géométriques dont les plans de feu sont autant déterminés par Euclide que par la puissance des pièces de défense), la balistique et  l'art de la mesure instrumentée. Le présent travail se propose d'examiner cette évolution dans quatre zones géographiques : la France, l'Espagne, l'Italie et l'Angleterre.

Le mot mathématique semble impliquer une approche très théorique, cependant, les praticiens des mathématiques militaires  n'avaient pas tous le même rapport à l'arithmétique et à la géométrie et il convient de bien distinguer les cas. Si certains acteurs en restaient simplement à la mesure (instrumentée ou non) et à la numération, d'autres élevaient le débat à des considérations hautement philosophiques. Ces manières de faire s'apparentaient souvent à des stratégies sociales que l'historien doit déconstruire. En fonction des différents domaines d'application, ces stratégies ont été plus ou moins efficaces lorsqu'il s'agissait de faire acquérir du prestige et d'augmenter les statuts : si les ingénieurs versés dans la fortification sont devenus des architectes reconnus dans les cours d'Europe, par exemple, les spécialistes versés dans l'artillerie, à quelques exceptions prés, sont souvent restés en bas de l'échelle, d'une part parce que les applications réelles de leur science étaient minimes, d'autre part parce qu'ils échouaient à conserver le bénéfice de ce qu'ils avaient découvert.

Néanmoins, la fascination globale pour les mathématiques qui s'exerça dans le domaine militaire, la croyance dans le caractère performatif de cette discipline qui s'imposa partout, fit incontestablement évoluer les sciences occidentales. La théorie de la chute des corps formulée par Galilée est, par exemple, bel et bien le fruit d'une pensée qui s'est élaborée dans le milieu très mixte des mathématiciens, des ingénieurs et des artilleurs. Les Discorsi se comprennent mal sans la connaissance de l'œuvre de Tartaglia et de ses prédécesseurs. De la même façon, l'instrumentation scientifique, les premiers calculateurs analogiques et les pratiques de mesure doivent beaucoup au contexte des champs de bataille de la Renaissance.

 

Membres du jury :

Monsieur le Recteur Gérald CHAIX (Université de Tours)

Madame le Professeur Anne-Françoise GARCON (Université de Paris I)

Monsieur le Professeur Bernard HEYBERGER (Université de Tours)

Monsieur le Professeur Robert ILIFFE (University of Sussex)

Monsieur le Professeur Daniel ROCHE (Collège de France)

Madame Hélène VERIN (Centre Koyré)