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Raisonnant ou argumentant ? Modalités et modèles d’argumentation à la Renaissance

du 4 mars 2010 au 6 mars 2010


Organisateurs : Fosca MARIANI ZINI & Joël BIARD

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I) Le point de  départ : richesse de la rhétorique et pauvreté de la logique chez les humanistes ?

L'historiographie nous a habitués à l'idée selon laquelle la réflexion humaniste manquerait de rigueur logique. Sa richesse résiderait plutôt dans le renouveau de la tradition rhétorique et de ses techniques de persuasion, qui trouvent une application dans les domaines comme la politique, la morale, les discussions sur la poétique et les arts.

Cette indigence présumée a été soulignée avec encore plus de force, en concomitance avec le renouveau des études médiévales. Celui-ci a permis, dans les dernières décennies, de prendre congé d'une vision unilatérale et appauvrissante de la philosophie médiévale, en en soulignant au contraire la richesse multiforme dans les domaines de la théologie, de la science de la nature et surtout de la logique. Un tel essor a produit en quelque sorte une crise dans les études renaissantes, lesquelles se sont longtemps bornées à transmettre une représentation stéréotypée de la pensée médiévale. De plus, le développement des études sur la philosophie ancienne, notamment de sa logique et de ses procédés d'argumentation, ont fait apparaître le caractère scolaire des lectures humanistes de l'Antiquité, à laquelle elles se référaient pourtant dans une procédure d'auto-fondation. Une des tendances significatives est aujourd'hui d'accuser la pensée humaniste, notamment en Italie, d'avoir été frappée d'une e faiblesse logique et philosophique, pendant au moins deux siècles.

II) Une crise salutaire

Cette crise est certes salutaire. Elle a permis, d'une part, de reprendre le dossier des rapports entre le Moyen Age et la Renaissance, en étudiant de près les césures et les moments de continuité effectifs. Elle a poussé, d'autre part, à relire autrement les traditions anciennes pour analyser en détail ce que les humanistes ont repris à leur compte.

Toutefois, nous adopterons une position quelque peu différente. Nous ne nous proposons non pas de réhabiliter la tradition  humaniste, mais de nous interroger sur ses caractères spécifiques, à partir des trois convictions :

a) il est plus éclairant sans doute de restituer d'abord les projets des humanistes à partir, autant que possible, de leurs intentions, de leurs attentes, ou de leurs préjugés pour juger de leurs résultats eu égard à leurs présupposés ;

b) il peut être opportun de procéder à des analyses portant sur des points particuliers, voire techniques, ou « micrologiques », comme nous l'avons fait lors de deux colloques sur le syllogisme topique (à paraître prochainement), tentant de faire le point sur les césures, les moments de continuités, les transformations que l'art d'argumenter a connus à travers la pensée ancienne, médiévale et renaissante, en prenant en vue un problème spécifique.

c) ce genre de réflexion ne peut qu'être un travail collectif, chacun apportant ses compétences et ses questions, en sachant également assumer une vue non cavalière sur son propre domaine. Nous avons cherché à faire discuter ensemble des spécialistes de philosophie ancienne, arabe, médiévale, renaissante, et moderne.

Du point de vue conceptuel, force est de constater que les critiques adressées à la faiblesse argumentative humaniste proviennent surtout d'une conception de la logique de tradition bolzano-frégéenne, qui est depuis un certain temps remise en question par des courants significatifs de la logique contemporaine elle-même, inaugurés par son tournant dynamique (par exemple la logique dialogique de Paul Lorenzen et Kuno Lorenz, la sémantique des jeux de Hintikka, la logique ludique de Jean-Yves Girard, l'étude des logiques « défaisables » de Dov Gabbay et John Woods, qui sont décisives dans une logique juridique...). Ces tendances partagent le projet de rechercher comment la théorie des contenus de pensée ne peut pas être menée indépendamment de la théorie de l'acte de penser et de la reconnaissance de la part d'un sujet. Elles remettent en question beaucoup de présupposés de la logique dite classique, en renouant (souvent sans l'expliciter) avec des convictions de la tradition argumentative ancienne, dialectique, rhétorique, et surtout topique.

C'est dans ce cadre que l'on pourrait apprécier ou non la faiblesse ou la force de l'argumentation  humaniste, si l'on tient vraiment à  établir de telles hiérarchies.

III) Ce que les humanistes font quand ils argument.

La réflexion à laquelle convie ce colloque porte sur les modalités et les modèles d'argumentation aussi bien que sur les stratégies de preuve que les différents genres savants ont mis en œuvre à la Renaissance. Cette approche peut être justifiée de la sorte :

1. Seule l'étude des procédés effectivement mis en œuvre lorsque les humanistes proposent leurs vues sur la morale, la métaphysique, la théorie de la connaissance peut nous faire toucher du doigt le genre des procédures de preuves, les critères de validité, la nature même de l'inférence qu'ils ont effectivement cultivés, au-delà des propos polémiques ou des tentatives d'autoreprésentation ;

2. Ceci conduit à examiner les procédures argumentatives là où la philosophie s'est effectivement exercée, comme par exemple dans les écrits scientifiques ou les dialogues littéraires ;

3. Cette approche permet de comparer les théories argumentatives des humanistes avec leur pratique effective et de s'interroger sur la signification des césures, des tensions, voire des contradictions qui peuvent devenir de la sorte manifestes.

 

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Informations complémentaires

Lieu(x)

  • Site CESR (Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance)

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